CLARITY Act : la semaine décisive au Sénat américain
Qu’est-ce que le CLARITY Act, concrètement ?
Le Digital Asset Market Clarity Act trace enfin une ligne légale entre deux catégories d’actifs numériques :
- Les “commodités numériques” (digital commodities) — Bitcoin, Ethereum, Solana et les réseaux suffisamment décentralisés — passent sous la supervision de la CFTC (marchés dérivés/spot secondaire).
- Les titres financiers — les ventes de tokens en phase early-stage et les contrats d’investissement — restent sous l’autorité de la SEC.
- Les stablecoins de paiement autorisés relèvent du cadre du GENIUS Act (déjà une loi), avec une supervision conjointe SEC, CFTC et régulateurs bancaires.
Le texte fixe aussi des règles claires pour l’enregistrement des plateformes d’échange, les standards de conservation (custody) et la surveillance des marchés.
Pourquoi c’est important : aujourd’hui, la qualification SEC ou CFTC d’un actif se décide au cas par cas, par des actions en justice et des guidances réversibles. Une loi changerait tout : les entreprises sauraient enfin à quel régulateur se conformer.
Où en est le texte ?
| Étape | Date | Résultat |
|---|---|---|
| Introduction à la Chambre | 29 mai 2025 | Rep. French Hill |
| Vote à la Chambre | 17-18 juillet 2025 | 294-134 (70+ démocrates) |
| Draft Sénat (Banking) | 22 juillet 2025 | Scott + Lummis |
| Draft de 278 pages | 12 janvier 2026 | Règles stablecoin-yield |
| Vote au comité Banking | 14 mai 2026 | 15-9 (bipartisan) |
| Au calendrier législatif | 1er juin 2026 | Calendar No. 423 |
| Audition publique à New York | 17 juillet 2026 | Pression sur le Sénat |
| Fusion des textes Banking/Agriculture | 22 juillet 2026 | Draft commun avec langage éthique |
| Vote au Sénat | Semaine du 3 août 2026 ? | ⏳ En jeu |
La semaine décisive : 3-7 août
La situation, ce week-end, est tendue et contradictoire — c’est ce qui la rend passionnante :
D’un côté, la pression est maximale :
- La sénatrice Cynthia Lummis (R-WY) a confirmé le 31 juillet que le Sénat procéderait au vote avant la pause d’août. « Le leader Thune a gardé une place pour le CLARITY Act à l’agenda depuis des semaines », a-t-elle déclaré, ajoutant que le vote pourrait avoir lieu « demain, lundi ou mardi ».
- Le secrétaire au Trésor Scott Bessent a publiquement demandé un vote « MAINTENANT » sur X, citant Satoshi Nakamoto et mettant en garde contre la perte de leadership américain sur l’industrie.
- Le Sénat quitte Washington le 7 août — il reste une fenêtre de quelques jours.
De l’autre, l’arithmétique ne suit pas :
- Le leader de la majorité John Thune a lui-même dit, fin juillet, qu’il ne pensait pas que le texte pourrait aboutir avant la pause (propos rapportés par CoinDesk et Punchbowl).
- Le 23 juillet, sept sénateurs démocrates pro-crypto ont jugé que le texte mis à jour « n’allait pas assez loin ».
- Les marchés de prédiction, remontés de ~43 % à 70-75 % après l’accord sur l’éthique fin juillet, restent loin d’une certitude.
Scénario probable si le vote a lieu : le leader Thune dépose une motion de clôture (cloture) sur la motion de procéder — un vote à 60 voix, généralement deux jours de session plus tard, suivi de jusqu’à 30 heures de débat. C’est jouable en début de semaine, mais chaque jour de retard rapproche la pause.
L’arithmétique des 60 voix
- Les républicains tiennent 53 sièges, mais Josh Hawley (R-MO) et Rand Paul (R-KY) — tous deux opposés au GENIUS Act l’an dernier — restent des inconnues substantives. Base réaliste : ~51.
- Seuls deux démocrates ont voté oui en comité — Ruben Gallego (AZ) et Angela Alsobrooks (MD) — et chacun a conditionné son vote de sol à des négociations supplémentaires.
- Pour franchir le filibuster, il faut donc convaincre 7 à 9 démocrates supplémentaires. Des noms comme Catherine Cortez Masto (NV) et Mark Warner (VA) ont conditionné leur soutien aux dispositions sur la lutte contre la criminalité financière.
Les trois blocages qui décident de tout
1. L’éthique des élus (le plus dur)
La sénatrice Kirsten Gillibrand (D-NY) exige des règles d’éthique contraignantes pour les élus détenant des cryptos. Le point de friction : les avoirs déclarés du président Trump en 2025, estimés à environ 1,4 milliard de dollars de revenus liés aux cryptos (memecoins, venture stablecoin, minage de Bitcoin).
Dernier développement : fin juillet, la Maison Blanche a accepté un langage interdisant au président, au vice-président et aux membres du Congrès de lancer des cryptomonnaies pendant leur mandat — une disposition courant jusqu’en 2029 avec application par le ministère de la Justice. C’est cet accord qui a fait bondir les marchés (~70 milliards de dollars de capitalisation ajoutée en une journée). Mais Alsobrooks juge l’offre encore insuffisante.
2. La protection des développeurs DeFi (Section 604 / BRCA)
La disposition exempterait les développeurs de logiciels non-détenteurs de fonds (non-custodial) de l’enregistrement comme money transmitters. Les forces de l’ordre craignaient d’y perdre des moyens d’enquête — mais la Fraternal Order of Police nationale a finalement approuvé le texte le 24 juillet, un signal fort.
3. Les stablecoins à rendement
Les banques font pression contre les stablecoins portant intérêt : Coinbase gagnerait environ 1,35 milliard de dollars par an sur les rewards USDC. Le texte final doit trancher si ces rewards constituent le « yield » que le GENIUS Act restreint.
Ce que la loi débloquerait
- Des ETF en cascade : Standard Chartered projette 4 à 8 milliards de dollars d’entrées sur les seuls ETF XRP spot une fois la loi promulguée.
- Le staking d’Ethereum serait verrouillé par la loi, plus par une interprétation d’agence.
- Les institutions entreraient : les wirehouses et les conseillers en investissement pourraient lever leur objection réglementaire aux allocations crypto ; les trésoreries d’entreprises auraient des règles comptables claires et une assurance de conservation standardisée.
- Fini le patchwork : les plateformes américaines sauraient à quel régulateur se conformer au lieu de naviguer entre guidances réversibles et actions en justice.
Et si la fenêtre se referme ?
Le texte ne mourrait pas — il reviendrait en septembre, mais avec moins de place à l’agenda et une élection de mi-mandat en novembre qui rend les deux camps plus prudents. Pendant ce temps, le reste du monde avance : l’Europe applique déjà MiCA, le Royaume-Uni a ouvert son marché, Singapour teste ses infrastructures de règlement, et Ripple a récemment obtenu une autorisation au Luxembourg.
Ce qu’il faut surveiller cette semaine
- Le dépôt de la motion de clôture par Thune — le signal que le vote est réel
- Les déclarations publiques de sénateurs démocrates (Gallego, Alsobrooks, Cortez Masto, Warner)
- La réconciliation finale des textes Banking et Agriculture
- Le ton : si le vote est annoncé puis reporté, le marché lira le signal immédiatement